Jocelyne Guerbette tient une mercerie à Arras. Elle est un peu moche.

Je sais bien, par exemple, que je ne suis pas jolie. Je n’ai pas les yeux bleus dans lesquels les hommes se contemplent ; dans lesquels ils ont envie de se noyer pour qu’on plonge les sauver. »

Et, tiens ?, elle est mal aimée.

Jo, c’est Jocelyn. Mon mari depuis vingt et un ans. Il rêve d’une femme plus belle et plus jeune que moi ; mais ça, il ne me le dit pas. »

Et, tiens ?, la vie lui sourit. Elle gagne à l’Euromillions.

Je ne sais pas comment mais je sus.

Je sus, sans avoir encore regardé les chiffres, que c’était moi.

Une mise à deux euros. 18 747 301 et 28 centimes.

Alors je fis un malaise. »

A ce stade, l’envie vous prend de refermer ce roman facile, pas fin, et dont la vocation commerciale est tellement visible qu’on ne perçoit plus l’intention littéraire.

Mais l’auteur se montre ensuite beaucoup plus subtil. Jocelyne se garde de dire sa bonne fortune à son entourage, et surtout à son époux. Elle continue à rêver et tarde à toucher son chèque. Elle multiplie les listes de ses envies.

Combien de temps va durer ce petit jeu ? Et en sortira-t-elle gagnante ?

La liste de mes envies est un roman qu’on aime détester. Outre son côté formaté, il contient de solides niaiseries. Genre les moches sont malheureuses.

Il m’apprit que les moches aussi rêvent des plus beaux mais qu’entre elles et eux il y a toutes les jolies du monde ; autant d’infranchissables montagnes. »

Ou le téléphone c’est pas bien.

Les gens sont seuls avec leur téléphone, ils lancent des milliers de mots dans le vide de leurs vies. »

Mais malgré ces grosses ficelles et ce formatage quasi publicitaire, on lui trouve une âme, une construction, une écriture, une sympathie.

Et on en vient à se réjouir que l’auteur ait gagné à l’Euromillions.

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La liste de mes envies, Grégoire Delacourt, JC Lattès, 186 pages, 16 euros.