Agnès Desarthe l’a réalisé pour nous. Par la magie de son personnage, Myriam. On lui devine une cinquantaine d’années, un divorce qu’elle a un peu cherché par une frasque un peu trop audacieuse. Et là voilà, un peu seule, dans Paris.

Or donc, elle ouvre un resto, dans un quartier qui me parait ressembler à ces petites rues du onzième arrondissement où règnent encore des ambiances de quartier. Avec quels sous ? Ecoutez ceci.

Suis-je une menteuse ? Oui, car au banquier, j’ai dit que j’avais fait l’école hôtelière et un stage de dix-huit mois dans les cuisines du Ritz. Je lui ai montré les diplômes et les contrats que j’avais fabriqué la veille. J’ai aussi brandi un BTS de gestion, un très joli faux ».

Son établissement s’appelle Chez moi. Une enseigne particulièrement appropriée, puisque Myriam vit dans son resto. Le soir, elle écarte les tables, ouvre le clic-clac et s’endort.

Mangez-moi est l’histoire chaotique de l’établissement, qui n’a pas d’enseigne. Alors des voisins le prennent pour un café. Le monde afflue à l’heure du petit serré, mais pas un chat pour gouter la cuisine préparée avec tant d’ambition. Ou alors c’est l’inverse : quand Myriam lève le pied avec les fourneaux, les clients affluent.

Professionnelle, Agnès Desarthe injecte au bon moment Ben, celui que Myriam va engager comme serveur. Il arrive comme ça :

Je peux vous aider demande une voix dans mon dos.

Je sursaute.

- Je peux vous aider ? demande à nouveau la voix.

C’est ainsi que les anges apparaissent, tombés du ciel sans un bruit pour prononcer la parole absurde et tant attendue. J’éclate de rire, comme fit Saraï le jour où l’ange lui annonça, alors qu’elle avait quatre-vingt-dix-neuf ans qu’elle accoucherait bientôt d’un fils ? »

Et puis le petit resto de quartier vit sa vie, mais je dois résister à l'envie de vous en dire plus. Je ne voudrais pas abuser des amuse-bouches et vous couper l’appétit.

Mangez-moi, est donc le titre de ce livre rafraichissant, d’une femme qui porte en elle les peurs et les déceptions de notre temps, mais avec une folle envie de vivre. Elle aurait tout aussi bien pu appeler son livre « Lisez-moi ».

Et elle n’aurait trompé personne.

Mangez-moi




Mangez-moi, Agnès Desarthe, L'Olivier, 308 pages, 20 euros.