Normal, répondrez-vous, les verts, le jaune et le rouge de la couverture donnent le ton. Trop simple. Non, ce qui éblouit, ce sont ces mots, si simplement alignés, mais qui vous emmènent dans l'ocre du Caire. Et lorsque vous êtes au coeur de la ville, vous entendez les centaines de voitures, les petits coups de klaxon et les enfants qui courent et qui crient.

Pas convaincu ? Extrait.

Cent mètres à peine séparent le passage Bahlar où habite Zaki Dessouki de son bureau de l’immeuble Yacoubian, mais il met, tous les matins, une heure à les franchir car il lui faut saluer ses amis de la rue : les marchands de chaussures et les commis des deux sexes, les garçons de café, les habitués du magasin de café brésilien. Zaki Bey connaît par leurs noms jusqu’aux concierges, crieurs de souliers, mendiants et agents de circulation. Il échange avec eux salutations et nouvelles. Pour les habitants de la rue, c’est un aimable personnage folklorique. »

Dans l'immeuble Yacoubian, on rencontre Taha, qui rêvait d’entrer à l’école de police mais qui a le tort d’être pauvre. Dans son pays, cela ne pardonne pas. Hatem, lui, est homosexuel. Il aime un homme. Marié. Zaki l’aristocrate, lui, se glissera plus facilement dans les méandres parfois très étroits d’une société pleine de vie, d’envies, mais aussi d’interdits, de tabous.

Assez finement, l’auteur parle des problèmes que les Européens que nous sommes connaissons (l’homosexualité dans les pays musulmans, la condition de la femme ou le terrorisme), mais heureusement, il évite le cliché de journal télévisé en nous racontant aussi d’autres vies, presque anodines, comme celle de Boussaïna, la petite vendeuse du magasin de vêtements.

Cet enchevêtrement de petites vies, sans fil conducteur tendu, donne parfois un peu de confusion au récit.

Mais n’est-ce pas là une jolie métaphore du Caire ?

Flash info : l'auteur de l'immeuble Yacoubian revient avec un nouveau roman

L'immeuble Yacoubian




L'immeuble Yacoubian, Alaa El Aswany, Actes Sud, 327 pages, 22,5 euros.