Finesse de l’écriture d’abord.

A Catane en ce jour, les pavés des ruelles du quartier sentaient la poiscaille. Sur les étals serrés du marché, des centaines de poissons morts faisaient briller le soleil de midi. Des seaux, à terre, recueillaient les entrailles de la mer que les hommes vidaient d’un geste sec. Les thons et les espadons étaient exposés comme des trophées précieux. Les pêcheurs restaient derrière leurs tréteaux avec l’œil plissé des commerçants aux aguets. »

Transparence de l’histoire, ensuite. Elle s’ancre sur un insurmontable problème contemporain, et fait vivre plusieurs personnages très étoffés et parfaitement crédibles.

Le commandant Piracci est le capitaine d’un navire chargé de sillonner les côtes siciliennes à la recherche des navires de réfugiés clandestins. Ils les achemine ensuite au port de Catane, avant qu’un autre bateau les renvoient au Maroc.

Notre gradé exécute les ordres sans s’interroger sur le destin de ses passagers. Jusqu’à ce qu’une dame, survivante d’une traversée d’une indicible cruauté, vienne lui raconter son calvaire, et lui demande un révolver pour aller assassiner, à Beyrouth, Hussein Maroukh, le responsable de son malheur.

Le commandant accepte. La femme disparaît. Et commence la calvaire de l'homme de la mer. Les destins de ses hôtes forcés ne lui sont plus désormais si étrangers.

Au même moment, au Soudan, Jamal et son frère s’apprêtent à quitter leur mère, leurs sœurs et leur village pour tenter l’aventure occidentale, au péril de leur vie. Réussiront-ils là ou des milliers de leurs semblables ont échoué ?

Ces destins croisés sont d’une impressionnante densité.

Je trouve que cet ouvrage est plus utile qu’un article de Libération pour comprendre la profondeur d’un problème géopolitique d’une absurde humanité.

Eldorado




Eldorado, Laurent Gaudé, Actes Sud, 238 pages, 18 euros. Vous pouvez le commander sur Amazon.