Un jour qui devait être comme tous les autres, le père et son enfant de 6 ans, Pippo, sont pris dans une fusillade entre bandes rivales. Matteo se jette au sol et plaque le petit contre lui.

Le danger s'était éloigné. Pippo ? L'enfant ne répondit pas. Matteo se sentit pâlir d'un coup. Il se mit à genoux. Sa chemise était baignée de sang. Pippo ? L'air lui manqua. Son fils ne bougeait pas, restait face contre terre, inerte. Pippo ? Il cria. Il ne savait pas que faire. Il cria. Parce qu'il ne savait pas comment empêcher ce sang qu'il aimait de continuer à se répandre sur le trottoir. »

La perte du petit plonge Matteo et sa femme Giuliana dans une profonde détresse. Guiliana ne voit qu'une manière d'en sortir et de sauver le couple.

Rends-moi mon fils, Matteo. Rends-le moi, ou, si tu ne peux pas, donne-moi au moins celui qui l'a tué. »

Matteo est résolu à donner à son épouse ce qu'elle demande, mais au moment où l'occasion se présente, il ne trouve pas la force. Pour Guiliana, c'en est trop.

Elle part. Il sentit une dernière fois son parfum et la laissa passer. Guiliana venait de le quitter avec le geste inachevé d'une femme qui regrette de ne plus pouvoir aimer. »

Matteo erre alors au volant de son taxi, dans les rues sombres et pluvieuses de Naples. Il échoue dans un café. Il y rencontre le patron, Garibaldo et le curé Mazerotti, jalousé de ses collègues pour le soutien qu'il apporte aux pauvres de Naples. Il discute aussi avec l'énigmatique professeur Provolone, qui lui soutient qu'il est possible de se rendre auprès des morts.

Tout ça, ce sont des histoires pour enfants, dit Matteo en regardant le sol avec dureté. Les morts ne remontent pas, professore.

Non, effectivement, répondit le professore avec un calme égal. Mais vous pouvez descendre, vous. »

Matteo apprend l'existence de la porte des Enfers, et n'hésite pas une seconde. Il entend la franchir, pour ramener son fils à Guiliana. Reviendra-t-il vivant de son voyage six pieds sous terre ?

Dans « La porte des enfers », Laurent Gaudé donne la preuve de sa maîtrise des techniques narratives. Sa boîte à outils ne manque pas de relances, flash-backs, ambiances, personnages intenses et réflexions pertinentes, qui permettent au lecteur de sortir vivant du roman.

Un petit goût de trop peu, quand-même : à trop se concentrer sur la narration, l'auteur n'a-t-il pas perdu en chemin deux de ses habituels complices, le style et l'émotion ?

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La porte des Enfers, Laurent Gaudé, Actes Sud, 267 pages, 19,50 euros. Vous pouvez le commander sur Amazon