Elle nous conte simplement l’histoire de Camille, femme de ménage de son état, au caractère bien trempé, mais à la sensibilité au moins aussi forte. Elle n’est pas passée loin du point de non retour à la vie, la petite. Mais son chemin tortueux a croisé celui de Philibert. Qui n’a pas un Philibert dans ses connaissances ? Un type un peu vieille France, mal à l’aise à peu près partout, doté d’un humour qu’il manie malgré lui, d’une grande culture et d’une gentillesse abondamment prodiguée.

Il y a Frank, aussi, un mec, un vrai. Avec tout ce que cela comporte de machisme, de mauvaise foi, et de sensibilité savamment dissimulée. Il ne manque à ce tableau que Paulette, une personne âgée, légèrement manipulatrice, mais pas assez pour inspirer le rejet.

Cette fratrie nous amuse doucement au fil du récit d’Anna Gavalda. La prouesse, c’est qu’elle laisse vivre ses personnages. Pas d’intrigue hyper tendue pour vous conduire à la dernière page. Pas d’extraordinaire rebondissement pour relancer la machine. Non, rien que des vies. Ce qui, chez d’autres, aurait pu provoquer un profond ennui, donne chez Gavalda une impression de légèreté. On s’attache à ces personnages et on n’a plus envie de les quitter. On pardonne même à l’auteur quelques passages un peu nunuches, ou quelques répliques un peu fades ou attendues.

La langue aide aussi l’auteur a éviter l’ennui. Une langue vive, tintée de parisianismes, et une profusion de dialogues très crédibles.

Ce que j’aime aussi, c’est que c’est un roman complètement féminin. Tous les personnages, et surtout Frank, le vrai mec, sont décrit par une plume du sexe dit faible. Croyez-moi, beaucoup d'hommes adorent. J’en ai encore surpris un, la semaine dernière, à l’aéroport, avec un léger sourire attendri qui en disait long !

Allez, un extrait, pour achever la démonstration.

Le Pilon de la vie lui avait appris à se méfier des certitudes et des projets d’avenir, mais il y avait une chose dont Camille était sûre : un jour, dans très très longtemps, quand elle serait bien vieille, encore plus vieille que maintenant, avec des cheveux blancs, des milliers de rides et des taches brunes sur les mains, elle aurait sa maison à elle. Une vraie maison avec une cuisine en cuivre pour faire des confitures et des sablés dans une boîte en fer blanc cachée au fond du buffet. Une longue table de ferme, bien épaisse et des rideaux de cretonne. Elle souriait. Elle n’avait aucune idée de ce qu’était la cretonne, ni si cela lui plairait, mais elle aimait ces mots : rideaux de cretonne. »

Ensemble, c'est tout



Ensemble, c'est tout, Anna Gavalda, J'ai lu, 573 pages, 8 euros. Vous pouvez le commander sur Amazon.





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