Les pendules s'étaient arrêtées à 1:17. Une longue saignée de lumière puis une série de chocs sourds. »

Les deux êtres tentent à présent de rejoindre le Sud. Avec en main de quoi vivre quelques jours.

Il poussaient le caddie et tous les deux, le petit et lui, ils portaient des sacs à dos. Dans les sacs à dos il y avait le strict nécessaire. Au cas où ils seraient contraints d'abandonner le caddie et de prendre la fuite. »

Le père et le fils traversent péniblement le pays dans un froid glacial, nourrissant l'espoir de retrouver au Sud la chaleur perdue.

Le décor de leurs efforts n'est que grisaille et désolation.

L'air granuleux. Ce goût qu'il avait ne vous sortait jamais de la bouche. Ils restaient debout sans bouger sous la pluie comme des animaux de ferme. Puis ils repartaient, tenant la bâche au-dessus de leurs têtes dans le morne crachin. A flanc de collines d'anciennes cultures couchées et mortes. Sur les lignes de crête les arbres dépouillés noirs et austères sous la pluie. »

Et leur vie n'est que peur, de mourir de faim, ou de se faire capturer par des êtres humains comme eux, à ceci près que pour ceux-là, le tabou du cannibalisme est tombé.

On ne mangerait jamais personne papa, dis-moi que c'est vrai ?

Non. Evidemment que non.

Quoi qu'il arrive ?

Jamais. Quoi qu'il arrive.

Parce qu'on est des gentils.

Oui.

Et qu'on porte le feu.

Et qu'on porte le feu, oui.

D'accord.

Durant cette pénible évolution, l'homme et le petit vivent des moments joyeux...

Il installa le petit dans le panier en haut du caddie. Il se mit debout sur la barre arrière comme un meneur de chiens de traineau et ils dévalaient comme ça les descentes. Le petit riait. C'était la première fois depuis longtemps qu'il le voyait rire. »

... et des atrocités.

C'est mon enfant, dit-il. Je suis en train de lui laver les cheveux pour enlever les restes de la cervelle d'un mort. C'est mon rôle. »

« La route » est un texte impressionnant.

Il est construit comme roman d'épouvante, mais pas comme un vulgaire thriller. Car il ne se contente pas de faire peur. Il véhicule aussi des questions essentielles. En ôtant la mère, en ôtant la maison, les amis, les habitudes, l'argent, l'abondance, la joie et la verdure, en créant ce dépouillement, l'auteur fait surgir les symboles et parvient à approcher au plus près de la question de la paternité, du don de la vie et du sens de ce don.

Ce roman est noir, mais pas désespéré.

Ce roman est dur et il vous touchera.

Mais je suis convaincu que, comme la mienne, votre route sera mieux éclairée après.

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La route, Cormac McCarthy, Editions de l'Olivier, 245 pages, 21 euros. Vous pouvez le commander sur Amazon.