Moi, je baille. Je rebois un verre de rouge. Puis je m’assoupis. C’est hélas ce qui m’est arrivé à la lecture du dernier ouvrage de Pierre Assouline, Rosebud.

Un Rosebud, en anglais, c’est un bouton de rose. Assouline a repris cette expression du film Citizen Kane. Cela symbolise ce petit détail qui nous confond, qui trahit qui nous sommes vraiment.

A priori, l’idée n’était pas mauvaise. Le grand biographe entendait nous raconter de petites histoires de gens célèbres, des « éclats de biographies », dit la couverture, avec pour fil rouge ce petit détail qui les trahissait. Mais la mayonnaise ne prend pas. Assouline multiplie les détails dans chaque histoire, ce qui altère gravement leur fluidité.

C’est dommage parce que les destins contés sont très forts. Je pense au drame de Kipling, qui voulait que son fils soit soldat, et enverra le rejeton à la mort. Je pense aussi au préfet Jean Moulin, le premier résistant, qui se tranche la gorge pour éviter de signer un document allemand autorisant un massacre.

Il y a quand même, aussi, quelques bons moments de lecture comme la description de la cérémonie de mariage de Lady Di :

L’assemblée se lève, s’assoit, puis se relève et se rassoit, parfois à contretemps, au risque de produire un effet chaplinesque, chacun jaugeant sa gaucherie à l’impassibilité des royals : eux connaissent la musique. Et pour cause : ce sont des professionnels. Sauf pour les vêtements, du moins ceux des dames. Mais ça passe. N’importe où ailleurs, cet océan de mousselines pastel serait taxé de comble du mauvais goût ; mais quand il confine à de tels sommets, il tutoye le kitsch supérieur élevé au rang d’un des beaux arts. Vue en plongée du haut de son promontoire, cette famille fait vraiment penser à un jardin anglais dans l’attente d’un meurtre. La forêt de chapeaux offre une telle variété de fleurs qu’on songe spontanément à les arroser ».

Les autres histoires, qui parlent de Cartier-Bresson, de Celan, de Picasso ou de Bonnard, sont proprement illisibles.

Je suis un peu déçu, car je pense qu’Assouline a une plume d’une finesse diamantaire. Je ne le remercierai jamais assez d’avoir écrit la biographie de Simenon.

Et rien que pour ça, je lui pardonne Rosebud.

Rosebud




Rosebud, Pierre Assouline, Gallimard, 219 pages, 16,9 euros.