L’Elegance du hérisson, de Muriel Barbery, réussit le tour de force de partir d’une bonne idée, de la transformer en bonne histoire. Et en plus, elle se paye le luxe de nous livrer tout cela avec une écriture du dimanche !

La bonne idée, d’abord. Renée, 54 ans est concierge dans une immeuble très chic, dans une rue très chic d’un arrondissement très chic de Paris la chic. Son petit secret, c'est qu’elle est plus cultivée que tous les habitants de l’immeuble réunis. Eux n’hésitent évidemment pas à étaler leur modeste savoir. Mais Renée, elle, entend bien cacher ce qu’elle considère comme une tare. Elle multiplie donc les artifices pour rassurer tout le monde, et se présente comme une concierge bien comme il faut, avec son gros chat et sa télé qui claironne des jeux télévisés lucratifs et des séries à deux sous. Et pendant que sa télé rassure l'immeuble, elle dévore Freud ou des ouvrages de philosophie médiévale.

Pour corser le récit, Muriel Barbery introduit un second personnage, Paloma, douze ans, fille d’une bonne famille de l’immeuble, pas heureuse du tout, mais avec, elle aussi, un petit supplément d’âme.

Les deux récits parallèles mettent du temps à se fondre, à l'instar des deux êtres, qui vont s’approcher lentement. Il faudra un homme qu'aucune n'attendait pour sceller l'union.

Outre les qualités de l’idée et la bonne tenue de l’histoire, la plume est extrêmement élégante. Je pourrais comprendre qu’on puisse la trouver un rien prétentieuse. Personnellement, je suis un fan des mots simples dont l’agencement crée la puissance, et je n’ai pas trouvé le style de Barbery pompeux.

D’autres lui ont reproché des références culturelles un peu trop nombreuses. A nouveau, libre à chacun de trouver cela excessif, mais j’ai trouvé que ces références étaient glissées habilement, égrenées au fil du récit et sans jamais en altérer le flux.

Bref, ce livre est pour moi un grand roman, malgré le petit risque d’irritation causé par le verbe un peu exigeant et les références culturelles.

Voici ma phrase préférée, non parce qu’elle est la mieux écrite, mais parce qu’elle est bourrée d’humanité. Elle n’est pas de notre concierge, mais de Paloma.

Le cœur et l’estomac en marmelade, je me dis que finalement, c’est peut-être ça la vie : beaucoup de désespoir mais aussi quelques moments de beauté, où le temps n’est plus le même. C’est comme si les notes de musique faisaient un genre de parenthèse dans le temps, de suspension, un ailleurs ici même, un toujours dans le jamais. Je traquerai désormais les toujours dans le jamais.

La beauté dans ce monde ».

L'élégance du hérisson



L'élégance du hérisson, Muriel Barbery, Gallimard, 356 pages, 20 euros. Vous pouvez le commander sur Amazon.