A Léningrad, le déjà très célèbre compositeur Dimitri Chostakovitch écrit une nouvelle symphonie: la Septième.

Un petit extrait pour savoir de quoi on parle...

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Commencée au printemps 1941 alors que la vie y est encore paisible, elle va, sous les doigts du compositeur, coller aux événements de plus en plus tragiques que vivra la ville martyre après la rupture du pacte germano-soviétique.

Explosion de bombes, tirs de canons, hurlement des sirènes sont intégrés dans l’oeuvre que doivent répéter puis exécuter des musiciens affamés, transis de froid, orphelins de collègues tombés au front ou morts d’épuisement.

Il n’y avait aucun abri en vue lorsque les sirènes retentirent... il n’avait plus le temps; l’alarme avait retenti trop tard. On apercevait déjà les avions dans le ciel au sud de la ville, vague après vague. Son sang se glaça. Au moment où il arriva au marché, le monde s’écroula autour de lui. Il se jeta sous une charrette, à l’extrémité de la place. Ceux qui n’avaient pu gagner un abri, n’avaient aucune chance. Des débris de verre dégringolaient de partout. Des moellons s’abattaient au sommet des immeubles brisant des os, écrabouillant des crânes. On aurait dit que l’air était fait d’une matière solide qui se désagrégeait à son tour. »

Tout le monde souffre physiquement, moralement et affectivement et le récit se concentre non seulement sur Chostakovitch mais également sur sa famille, ses amis proches, ses collègues : musiciens, professeurs, chef d’orchestre.

J’étais resté un long moment à écouter dans l”escalier en colimaçon du conservatoire, le coeur déchiré. De jalousie, d’admiration, d’amour. Mon ennemi, mon ami. Au fil des années, il était devenu l’un et l’autre à la fois. C’est à cause de lui que j’en suis là aujourd’hui : on me critique, on me méprise, on me reproche d’être sans-cœur. Je rirais de l’ironie de la situation si j’en avais l’énergie. Evidemment que je n’ai pas de cœur puisque, il y a des années, je l’ai donné à Chostakovitch dans ce même escalier de Léningrad. »

Le compositeur travaille, nuit et jour : il faut que cette symphonie reflète toutes les souffrances que sa ville adorée et ses habitants endurent.

Staline, qui le fait surveiller, veut que cette oeuvre aboutisse: elle doit être jouée et entendue sur le front : le message aux Allemands est clair : si les Russes sont encore capables de faire de la musique, c’est qu’ils ne sont pas prêts de se rendre. Il évacue donc Chostakovitch et sa famille dans un lieu moins périlleux pour qu’il termine sans encombre sa composition. Les Allemands capituleront le 2 février 1943...

Deux réserves qui m’ont empêché d’apprécier le récit sans retenue: la traduction et le découpage en courts chapitres qui casse le souffle du récit.

Mais malgré un début un peu poussif, ce long roman est beau : on s’attache aux personnages obligés d’être des héros malgré eux, endossant avec dignité et courage un costume de résistant que jamais ils ne pensaient porter.

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La symphonie de Leningrad, Sarah Quigley, traduit de l'anglais par Sylvie Cohen, littérature anglo-saxonne, Mercure de France, 480 pages, 25 euros. ISBN : 2070463583. Notre note : 3/5.