C’est l’histoire de Malinka, abandonnée par son père, et qui, sans doute pour des raisons de couleur de peau, a honte de sa mère, qui l’entoure pourtant d’attentions.

Un jour où sa mère était venue la chercher à l’école et qu’une fille, lui adressant la parole pour la première fois, lui demanda, avec une moue étonnée et dégoûtée, qui était cette femme, Malinka répondit : c’est ma servante, et il lui sembla qu’elle disait une grande vérité. »

Mais cette honte va pousser Malinka dans la spirale du mensonge. Elle rencontre Richard Rivière, l’homme de sa vie, et au moment de parler de sa famille à son bien aimé, elle gomme purement et simplement la servante.

Mes parents sont morts, dit-elle dans un vilain glapissement qui la surprit et la heurta elle-même. »

Et c’est ainsi qu’elle se fait appeler Clarisse. Seule sa mère, à qui elle rend de discrètes visites, sait qu’elle s’appelle Malinka et qu’elle n’est pas orpheline.

La mère de Malinka ne devait s’introduire dans la vie de Clarisse Rivière sous nulle forme et elle seule, Clarisse Rivière, pouvait se permettre de manger la nourriture qu’elle préparait, le gâteau de larmes, les biscuits pétris de colère. »

Dans son foyer, Clarisse va adopter un comportement étrange. Auprès de son compagnon et de sa fille, Ladivine, elle se fera absente, comme pour se punir de son imposture. Elle se coupe de toute émotion, parle peu, vit comme un fantôme.

Ladivine va grandir dans cette ambiance de mensonge par omission, qui aura raison du couple que forment ses parents. Elle va grandir avec son père, mais gardera à jamais le poids de ce mystère. De son côté, Malinka va s’éprendre d’un homme fragile, le seul à qui elle osera enfin présenter sa mère. Mais qui la tuera.

Malinka partie, Ladivine et Richard sauront-ils un jour ?

Je vous le laisse découvrir. Tout comme vous ferez la connaissance d’un mystérieux chien, qui pourra, tour à tour, représenter l’une des trois femmes, dans un élan fantastique dont l’auteur entoure son récit.

Ladivine est un roman compliqué, torturé. Que les amateurs d’intrigue limpide et univoque s’en détournent. L’écriture est complexe, si travaillée qu’elle en devient occasionnellement illisible. Et les épisodes fantastiques ne font rien pour éclairer la route. Mais l’histoire est belle, intense et profonde, les personnages parfaitement incarnés et le dénouement puissant. Sans faire l’apologie du simplisme, on ne peut s’empêcher de penser, en refermant le livre, qu’il aurait été plus beau sans ces entraves à une lecture plus fluide.

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Ladivine, Marie Ndiaye, Gallimard, 416 pages, 20 euros.