Un ouvrage avec des chapitres, pour faire semblant d'être structuré. Mais c'est en fait un chemin buissonnier, sans réelle direction, tracé par un auteur qui s'est fait plaisir, et à déposé, de ci de là, quelques petites réflexions sur la lecture.

Il y a en a drôles, il y en a de tristes. Il y en a de stupides ou revenchardes, sages ou provocatrices.

Puisque l'auteur se permet des certitudes, jugeons-en quelques unes avec le même tranchant.

La lecture nous modifie peu. Elle nous perfectionne peut-être, éventuellement, un peu, mais un salaud ne restera pas moins un salaud après avoir lu Racine. »

Entièrement d'accord. A ceci près que, les salauds que je connais qui ont lu Racine (ou le dernier roman à la mode qu'il convient d'avoir lu), s'en vanteront beaucoup plus qu'un autre...

Les femmes restées des gamines rêvant d'amour mènent à 300.000 des nunucheries qui pansent la douleur d'avoir un mari goujat qui mange les coudes sur la table. »

M'enfin : je connais des femmes rayonnantes et intelligentes qui lisent ceci ou cela. Il est vrai que je mange avec les coudes sur la table...

On pourrait imprimer un avertissement au dos des livres : ATTENTION ! Les lectures qui vont trop dans le sens de vos pensées ou de vos goûts peuvent être dangereuses. »

J'ai longtemps pensé que c'était faux. Aussi ai-je aimé détester ceci ou cela, et aimé adorer ça ou ça. Mais aujourd'hui, je le confesse : les premiers m'ont autant secoué que les seconds. C'est un peu comme les gens qu'on déteste : il est bon de les approcher pour voir ce qui nous répugne. Et quand on a compris, on ne les déteste plus...

A aucun lendemain de mariage, dans aucun jardin de campagne, sur aucune plage, au bord d'aucune piscine, dans aucun train aucun avion aucune piscine, je n'ai vu qui que ce soit lire Proust, Mallarmé, Tolstoï... Qui lit les chef d'œuvre ? »

Après avoir lu ce jugement définitif, j'ai ouvert l'œil dans le métro. Il ne m'a pas fallu deux jours pour trouver quelqu'un qui lisait Marcel Aimé. En revanche, je n'ai trouvé personne qui lisait Dantzig...

Lire, lire, c'est très bien, mais il y a aussi des moments où il est bon de ne pas le faire. Après l'amour par exemple. »

Ça, quelque chose me dit que c'est vrai. Aussi vais-je m'abstenir de vérifier.

On s'amuse beaucoup à la lecture de « Pourquoi lire ». L'inspiration de l'auteur baisse un peu au fil des pages, il lui arrive de régler quelques comptes, mais ce n'est pas suffisant pour chasser le sourire qui nous a rejoint dès les premières pages. Allez, une petite dernière, qui pourrait parfaitement s'appliquer à l'auteur :

Les livres gais ne sont pas les plus nombreux du monde, c'est pour cela que nous devrions les vénérer comme des trésors universels. »

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Pourquoi lire ?, Charles Dantzig, Grasset, 244 pages, 19 euros. Vous pouvez le commander sur Amazon.