Et nous qui avons la chance d'être nés et de ne pas être déjà morts, que faisons-nous sur cette terre ? »

Le grand sage nous raconte l'évolution des connaissances sur cette question aussi épineuse qu'insoluble.

Il évoque l'apparente insouciance des hommes préhistoriques...

Ils riaient. Ils sifflaient à la façon des oiseaux. Ils se mettaient à parler. Il leur arrivait de chanter. Les plus doués d'entre eux dessinaient sur des pierres les animaux ou les objets qui leur étaient familiers. Ils jouaient de la flûte. »

Il rappelle les dérangeantes découvertes des Grecs.

Ce que découvrent les Grecs, c'est que la nature offre un sujet de réflexion et de spéculation dont les dieux peuvent être écartés. »

Et nous emmène ainsi jusqu'à Darwin.

L'homme est alors à l'image de ces singes dont il est le cousin plutôt qu'à celle d'un Dieu dont il n'est plus le fils. »

Jean d'Ormesson termine son rappel historique, qui tient plus de Wikipédia que de la thèse de doctorat, en évoquant la théorie du big bang.

Notre grand-père national attaque ensuite le vif du sujet : mais que diable faisons-nous sur cette planète ? Comme tout grand-père qui se respecte, il lui arrive d'être confus, de se répéter, d'enfoncer des portes ouvertes avec une insolente autorité. Mais tel l'enfant engourdi écoutant ce monologue, on se prend parfois à réfléchir sur l'une ou l'autre vérité.

Comme quand il évoque la science.

La science n'atteint jamais son but parce que le but n'en finit pas de se dérober - et qu'en vérité, il n'y a pas de but : le science est une tâche infinie. Sa grandeur est de se présenter comme un rêve toujours inassouvi. »

Ou le sens de l'univers.

Jouons cartes sur table : j'ai du mal à croire que, réglé avec tant de rigueur, si évidemment fait pour durer, emporté par un temps d'une subtilité et d'une complexité extrêmes et qui est le mystère même, l'univers n'ait aucun sens. »

On ne pourra évidemment pas reprocher à Jean d'Ormesson de ne pas avoir répondu aux questions existentielles qu'il évoque. On le remerciera même d'avoir usé de sa plume si fluide pour coucher doucement sur papier des réflexions qui nous habitent tous. Mais on regrettera quand même la légèreté de traitement d'un thème aussi lourd.

On se consolera dès lors avec ce propos d'un autre aïeul prestigieux...

Hier, je me suis endormi dans l'herbe et je me suis réveillé avec un chœur d'oiseaux qui chantaient autour de moi, avec des écureuils qui grimpaient aux arbres, avec un pivert qui riait, et c'était une scène ravissante, et je me moquais comme d'une guigne de l'origine de ces oiseaux et de ces animaux. »

Venant de Darwin en personne, cette invitation à l'insouciance doit être prise très au sérieux !

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C'est une chose étrange à la fin que le monde, Jean d'Ormesson, Robert Laffont, 292 pages, 20 euros. Vous pouvez le commander sur Amazon.