Bernard Giraudeau, d’abord, avec Les dames de nage, un récit de voyages romancé. Il s’en est vendu 100.600 exemplaires, explique le Figaro littéraire. « C’est d’abord un personnage médiatique », analyse la responsable de la librairie Sauramps (Montpellier). « Sa présence à la télé a marqué de nombreux lecteurs. » Enfin… dernière raison : « Le roman possède une qualité littéraire indéniable. » Pour certains, le succès vient de la compassion du public pour Giraudeau, qui lutte contre le cancer.
L’autre surprise à succès de l’été, c’est « Cahier de vacances pour adultes de 17 à 77 ans : bronzez en révisant tout ce que vous avez oublié » C’est un recueil d’exercices décalés sur les pièges de la langue française, le b.a-ba des maths ou les verbes irréguliers anglais. Au compteur : 120.000 exemplaires. Pourquoi : parce que c’est un livre familial et que de nombreux enfants l’ont offert à leurs parents. « Une douce revanche », commente le Figaro littéraire.
Comment les libraires choisissent les livres
Savez-vous que bon nombre des romans de la rentrée ne passent même pas les portes des librairies ? « Seuls deux-cents figureront sur mes rayons », dit la directrice du Furet du Nord de Saint Quentin. Et quelques-uns seulement auront droit à mes coups de cœur. » Pour les libraires, le choix est d’autant plus cornélien qu’il « est rare qu’ils reçoivent les livres avant de passer commande », écrit Lire. D’où le repli sur les valeurs sûres. Or les coups de cœur des libraires sont essentiels : c’est probablement à eux que L’élégance du hérisson, de Muriel Barbery doit son succès.
Faut-il tuer pour parler des criminels ?
Faut-il avoir vécu un drame pour pouvoir le raconter ? C’est la seule question intéressante qui se trouve au centre de la polémique autour de Tom est mort, de Marie Darrieussecq, un roman où une mère raconte à la première personne la mort de son enfant, une expérience que Darrieussecq n’a pas vécue. Son éditeur, Paul Otchakovsky-Laurens, la défend. « Désormais, tout romancier devra-t-il justifier d’une expérience avant de la faire vivre par ses personnages ? Faudra-t-il tuer pour mettre en scène un assassin ? Dostoïevsky l’a échappé belle et pas seulement lui. » C’est vrai qu’avec ses dix petits nègres, Agatha Christie serait une serial killeuse (raciste)…
La rubrique faits divers de Mazarine
Apparemment, la polémique Darrieussecq n’était pas assez consistante. D’après le Nouvel Obs, une deuxième concerne Mazarine Pingeot, qui, dans « Le cimetière des poupées » raconte l’histoire d’une mère qui tue puis congèle ses deux enfants. Mazarine Pingeot se serait inspirée de l’affaire Véronique Courjeault, actuellement poursuivie pour triple infanticide (la congélation n’étant pas un délit). Un roman qui pourrait influencer le procès, disent ses détracteurs, Véronique Courjeault en tête. Mazarine a refusé de reporter la sortie du livre.
Merci Eric Reinhardt !
Certains auteurs sont mieux inspirés. J’ai adoré l’interview d’Eric Reinhardt, auteur de « Cendrillon », dans le Monde des livres. Je me risque à une citation un peu longue. « Je veux réaffirmer l’importance du poétique dans nos vies, être attentif aux choses et aux êtres pour établir avec le monde une relation qui ne soit pas seulement de crainte, de défiance et de soumission mais d’effusion, de complicité et de communion. Vivre poétiquement, c’est voir de la beauté où le regard convenu n’en voit pas ; c’est développer son imagination et ses facultés de réception et d’enchantement ; c’est attendre de soi-même chaque jour une minute d’éblouissement; c’est regarder chaque matin avec le même intérêt la personne avec qui l’on vit depuis 20 ans, c’est s’inquiéter comme d’un début de mort de n’avoir éprouvé aucune sensation depuis plusieurs jours. »
Ma dernière sensation à moi remonte à la lecture de ces mots. Je vous souhaite une semaine poétique et à dimanche prochain pour une nouvelle revue de presse littéraire.
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Commentaires
Tant mieux pour B. Giraudeau, quels que soient les motifs d'achat de son ouvrage. Ces motifs sont plus que subjectifs. C'est comme pour le fait d'avoir aimé ou non cette lecture. ;-)
Je comprends mieux pourquoi on trouve toujours les mêmes ouvrages dans les librairies. Et que si on veut sortir des têtes de listes, bien faut commander et donc attendre. Mouais. Rien de tel que d'étudier directement les catalogues des éditeurs ! Aller directement à la source. Et puis si en plus on connait un libraire qui sort des sentiers.... alors là, byzance ;-)
Ensuite, je ne peux être qu'entièrement d'accord avec Eric Reinhart. Merci pour cette citation, Bernard. C'est une excellente réflexion que tu nous offres là.
Je vais m'intéresser à cet auteur, moi !! ;-)
Une de mes dernières sensations : le sourire qui m'est venu en écoutant et regardant une petite fille chanter à tue-tête dans la rue, accrochée à la main de son père et allant joyeusement à l'école. Joyeuse rentrée !!
Merci Bernard pour cette revue qui finit avec le sourire, une belle note d'espoir. ;-)
C'est de toutes façon impossible pour les libraires de faire rentrer plus de 700 livres sur leurs étagères (surtout quand il en arrive tous les ans ! Et comme il faut bien qu'ils vivent il prendront les valeurs sûres... Je les comprend ! C'est dommage pour les petits nouveaux...
Quand à l'histoire sur le livre "Tom est mort" je pense qu'on n'a pas forcément besoin d'avoir vécu ce qu'à vécu les personnages (encore heureux ! Sinon les auteurs de polars seraient moins nombreux :D). C'est vrai qu'il est plus difficile de l'imaginé, et certaine personne qu'il l'on vraiment vécu peuvent ne pas être d'accord. Mais les auteurs doivent avoir leur droit d'écrire sur des sujets qui les touchent, qu'ils l'aient vécu ou non.
Ah j'avais écrit un long commentaire hier soir et quand j'ai appuyé sur envoi, il s'est désintégré! Décourageant!!
En plus court*= j'ai été moi aussi sous le charme de ce que dit Reinhardt dans cet extrait d'interview. Cela donne envie de la lire en entier et ensuite de passer à son Cendrillon dont on lit le plus grand bien ici et là...
Pour le choix des libraires, j'en ai une vision assez réaliste, voire pessimiste. Excepté les vraies bonnes librairies(fort rares en province car décimées par l'engeance Fnac-Virgin), c'est plus à une commande de fd stock d'épicerie que cela s'apparente (...) D'autre part les jeux sont faits pratiquement dès le début par les médias, par exemple en ce moment tout tourne autour d'une petite vingtaine de titres: un buzz géant qui englobe télé, presse, etc. Je pense personnellement qu'en ce qui concerne L'Elégance du Hérisson, c'est le bouche à oreille des lecteurs (de vive-voix et aussi sur le net) qui a créé cet effet.
Quant au match MD vs CL, je trouve que c'est fausser le débat que de lancer ça. Chacun sait que c'est l'imaginaire qui est principalement la source de l'objet littéraire, évidemment !! Le problème ne se situe vraiment paslà. Triste affaire.
* euh si si il était plus long... ;)