D’abord une belle polémique, car c’est obligatoire à la rentrée littéraire. Révélée par le Monde des livres, elle oppose Marie Darrieussecq (à gauche sur la photo) et Camille Laurens. La première vient de publier un roman, Tom est mort où la narratrice raconte la mort de son enfant. La seconde a sorti, en 1995, un récit, « Philippe » où elle relate le décès de son bébé. Pour Laurens, c’est clair : Darrieussecq a plagié. « J’ai lu "Tom est mort" dans un vertige de douleur, le sentiment d’une usurpation d’identité, la nausée d’assister par moment à une sorte de plagiat psychique. » Quelques phrases seraient proches, et l’imitation s’étendrait au style. Laurens reproche aussi à Darrieussecq d’avoir écrit sur le sujet sans avoir vécu ce drame. « On n'endosse pas la douleur comme on endosse un chèque », dit-elle. Réponse de la bergère à la bergère : « Sans doute est-ce une grande transgression d’écrire une fiction avec la mort d’un enfant, mais si l’on pense qu’il y a des sujets interdits, autant ne pas écrire. »
Colum McCann au pays des tziganes
Une unanimité des premiers lecteurs semble se dessiner autour du nouveau roman de Colum McCann, « Zoli », qui raconte l’histoire d’une petite tzigane de six ans, qui se découvre un talent d’écriture exceptionnel. « La difficulté, c’est que je ne connaissais absolument rien aux Roms, dit l’écrivain irlandais au Monde des livres. J’ai donc dû me lancer dans un travail énorme de documentation. » Un travail de quatre ans, dont un séjour de deux mois dans un camp rom en Slovaquie. « La pauvreté était révoltante. Des camps entiers sans eau ni électricité, des enfants dénutris, des femmes ayant subi des stérilisations forcées. » L’écrivain a voulu faire connaître ce peuple, venu d’Inde du Nord. « Pensez que les Roms sont aussi nombreux que les juifs. Par comparaison, l’opacité de leur culture est quasi totale. »
Philippe Claudel chez lui
Le Nouvel Obs est allé se promener en la riante cité de Dombasle-sur-Meurthe, le fief de Philipe Claudel qui publie « Le rapport de Brodeck », un roman qui se déroule durant la seconde guerre mondiale, avec des ambiances sinistres propres à Claudel. Sinistre comme Dombasle ? « Je ne voudrais pas faire un tableau à la Zola, mais ce n’est pas une ville bourgeoise. Elle n’est belle que pour ceux qui y sont nés. », dit Philippe Claudel. Claudel dit « rêver d’écrire en restant anonyme ». Le Nouvel Obs raconte qu’il « évite la télévision dont la médiocrité le désespère. » On apprend aussi que Philippe Claudel écrit quotidiennement depuis l’âge de 6 ans. La rédaction du « Rapport de Brodeck » lui a pris deux ans et demi.
Revoilà Florence Aubenas
Le journaliste et romancier François Begaudeau publie un roman sur Florence Aubenas. Il se base sur la conférence de presse de la reporter. Dans le Nouvel Obs, la journaliste confie qu’elle a signé à la demande de l’auteur un document par lequel elle s'est engagée à ne pas le traîner devant les tribunaux. Elle a signé sans avoir lu le livre. « Aujourd’hui, Hussein et moi, nous sommes libres. François Begaudeau aussi. Je n’ai plus qu’à ouvrir son livre ». Il est bon le livre ? Pour le Nouvel Obs il est « verbeux, intelleux, hors sujet, hors tact et hors finesse ». Le Figaro littéraire n’est pas plus tendre.
Une sombre histoire de couverture
Le téléphone des éditions Gutenberg n’a pas cessé de chauffer depuis les 22 août. Plus de 50 libraires ont appelé pour s’étonner d’une erreur d’impression sur le nouveau roman de Vladimir Zagreba, « Chameau volant » : la couverture est noire. C’était voulu, dit Le monde des livres : l’auteur a exigé une couverture noire, sans titre, nom d’auteur, logo d’éditeur et quatrième de couverture. Si tout le monde fait cela, la rentrée littéraire sera plus obscure que jamais.
Je vous souhaite une semaine immaculée et à la semaine prochaine pour une nouvelle revue de presse littéraire.

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Commentaires
Chouette, une revue de presse !!
Je vais passer sur la polémique entre les deux écrivains et le décès (réel ou fictionnel) d'un enfant.. On peut écrire dessus mais on ne joue pas avec cette douleur là, comme pour un bidon de lessive.
Depuis le temps que l'on me parle de ce Colunn McCann dont j'ai lu "Danseur" sur Nouriev. Je sens que je vais me plonger dans ses oeuvres. Cela ne fait pas un pli. Mais est-ce que le fait d'écrire un livre sur les roms va vraiment changer leurs conditions de vie, améliorer la reconnaissance de leur peuple ? A voir !! Je l'espère tout de même.
Ambiances sinistres de Philippe Claudel. Pas joyeuses je l'admets. Mais bon, c'est dans ce registre qu'il écrit le mieux. Alors pourquoi non ? Quant à son rapport, il est déjà inscrit dans les hauts de ma liste. Chouchou oblige !! ;-)
En ce qui concerne Florence Aubenas, c'est bien dommage cette histoire. Mais il faut toujours lire ce que l'on signe ou ce pour quoi on signe. Après, faut pas venir pleurer !! Il ne lui reste plus qu'à écrire ses propres mémoires pour tout rétablir.
Excellente idée que cette couverture noire. Cela nous change de certains choix de couverture plus souvent moches qu'attrayantes (sauf si l'éditeur fait un réel effort comme chez Actes Sud par exemple). L'article dit-il si le chameau est noir lui aussi ?? ;-)
Merci Bernard pour cette nouvelle revue. Rendez-vous pris pour la prochaine. ;-)
Quel bonheur de retrouver la revue de presse ! (Toujours aussi intéressante d'ailleurs !).
Je n'ai pas grand chose à dire... En faites je ne connais presque aucun des auteurs cités (sauf Philippe Claudel).
Quant à la couverture noire, je ne trouve pas que c'est une bonne idée. Moi je veux savoir le titre et le nom de l'auteur, c'est ça avant tous qui va m'amener à ouvrir le livre. Bon ça peux aussi intriguer c'est vrai... Je trouve que ça fais plus action marketing qu'autre chose...
”Je ne suis pas le corps, je suis la tombe” (Camille Laurens)
“Sa terre natale, moi. Moi, en tombe” (Marie Darrieussecq)
“Quand Alice est née j’ai pensé m’enfuir” (Camille Laurens)
“Juste après la naissance de Stella, je rêvais souvent, éveillée, de prendre la fuite” (Marie Darrieussecq)
..... no comment
Ooh dans "La petite fille de Monsieur Linh", par exemple Philippe Claudel est loin d'être verbeux, c'est un roman très sobre, dépouillé où seule l'émotion affleure. "Les âmes grises", j'aime trop pour en parler avec du recul...je dirais juste qu'il est plus profond,subtil et universel que le roman sur la guerre de 14 qu'on a voulu y voir( la vision schématique du film éponyme aidant) J'aime beaucoup Claudel, le Philippe, vous l'aurez compris ;=)
Pour ceux qui n'aiment pas le "coté sombre" des écrits de Ph. Claudel, je propose la lecture de "Trois petites histoires de jouets" (chez Virgile, sur un très beau papier). C'est très beau, mignon, amusant.
Bernard, entre Marie et moi, tu es cerné !! ;-)
Très nouvelle participante à votre blog que je trouve vraiment sympa...Pour les roms, lisez "De sabre et de feu" de Marc Trillard, paru en aout 2006. Roms ou tziganes, c'est un peu la même galère, non?
Ca n'a rien à voir, mais personne ne m'a dit avoir trouvé une quelconque ressemblance entre "Les Bienveillantes" et "La mort est mon métier". Ce Robert Merle est à lire, même s'il a 50 ans...Merci de m'accueillir dans votre bande....
Hélas, si, Bernard, il y a énormément de ressemblance, et c'est bien ça qui me choque, que personne n'ait fait la relation. ! Mais c'est tellement plus lisible, dur mais sans voyeurisme, comme il me semble y en avoir dans "Les Bienveillantes" (j'avoue...je suis allée jsq'à la page 80!)
A lire, le dernier Christiane Singer, une belle leçon de vie et de mort, devant laquelle on se sent tout petit petit....