Critique littéraireLe questionnement existentiel a commencé le 2 mai dernier, par un article du New York Times, qui constate la raréfaction de la littérature dans les grands quotidiens. Et se demande si la multiplication des blogs littéraires n’y est pas pour quelque chose. « Des éditeurs voient actuellement une transition inévitable vers un nouveau paysage littéraire, plus démocratique, ou quiconque peut donner son avis sur les livres. », dit le New York Times.

L’écrivain Pierre Assouline (voir aussi la critique de son dernier roman), s’insurge. « Tous critiques littéraires ! C’est bien dans l’air du temps, dit il sur son blog. Là-dessus, je suis aussi réservé, pour ne pas dire critique, que sur le journalisme citoyen. Inutile de rappeler que c’est un métier, une technique, un savoir-faire, une expérience. Désolé mais non, tout le monde n’est pas journaliste, photographe, cinéaste, professeur, encyclopédiste… »

Jérôme Garcin, animateur de l’émission Le masque et la plume et critique littéraire, défend, lui aussi, la corporation. Pour lui, la critique littéraire « retrouve une crédibilité ». Il cite en exemple « Les bienveillantes », découvert , selon lui par… Jérôme Garcin. « Quand la critique littéraire retrouve sa fonction, celle d’un conseil de proximité, comme l’est à sa manière le libraire ou, parfois, la radio, le pouvoir est alors inouï », déclare-t-il au Magazine des livres.

Muriel Barbery entend des voix

HérissonEn revanche, il est un roman que la critique littéraire n’avait pas vu venir. C’est l’« Elégance du Hérisson », de Muriel Barbery, qui raconte l’histoire d’une concierge passionnée de philosophie, mais qui s’évertue à cacher son érudition. Dans le Figaro littéraire, elle livre son étrange recette d’écriture. Avant d’écrire, elle attend une voix. « Dès que j’ai entendu la voix de Renée (le personnage principal) le processus de rédaction s’est enclenché pour aller jusqu’au bout. Je ne sais pas d’où vient cette voix, mais c’est une condition nécessaire pour démarrer. » Et c’est quoi une voix ? demande le Figaro littéraire. « Quelqu’un qui dit "je", qui existe, dont le ton sonne juste… »

Orhan Pamuk pleure Istanbul

IstanbulLe prix Nobel de littérature sort un nouveau roman, « Istanbul, souvenirs d’une ville ». Autobiographique et nostalgique, aussi. « Aussi mal entretenues soient-elles, dépourvues de tout soin ou enfouies dans les tas de béton, les moindres arches, les moindres fontaines, les moindres petites mosquées dans les coins les plus reculés font aussi sentir avec douleur aux millions de personnes qui vivent parmi elles qu’elles sont les résidus d’un grand empire ». Libé a aimé. Le Nouvel Obs aussi. Mais une journaliste de Télérama a détesté. « C’est un roman agaçant, pédant. En se racontant, l’écrivain est persuadé de parler de sa ville. Mais il ne parle que de lui, sans ce petit miracle qui se nomme littérature et qui métamorphose l’expérience personnelle en valeur universelle ».

Bonne mère : 22 balles dans le corps, et toujours vivant

GiesbertPetite surprise littéraire, pour terminer. Franz Olivier Giesbert, le directeur du « Point », se lance dans le roman noir, avec Marseille pour décor. Il raconte l’histoire (vraie) d’un parrain de la maffia locale, laissé pour mort dans un parking d’Avignon, atteint de 22 balles. « Par un miracle qui ne tient qu’à sa dévotion pour la Bonne Mère, l’affreux en réchappe, s’amuse le Figaro littéraire. Sa main droite est indisponible, il apprend à tirer de la main gauche. Ca surprend toujours d’adversaire, un gaucher. » Le Nouvel Obs a aimé aussi. « Le mérite de Franz Olivier Giesbert, c’est d’avoir su restituer la vérité de la couleur locale. Pour un "estranger du dehors", c’était pas évident. »

Allez, méfiez-vous des gauchers (j’en suis !), et à dimanche prochain pour une nouvelle revue de presse littéraire.