J’adore sa plume, d’une douceur et d’une clarté infinies, et aucun roman ne m’a démenti. Mais deux fois sur trois, je m’ennuie. Je m’ennuie parce qu’il s’évertue très souvent à raconter le tourment d’une personne coincée dans un espace exigu. Auster n’a alors d’autre solution que d’inventer un roman dans le roman pour nous divertir un peu.

Brooklyn Follies, son avant-dernier opus était béni parce qu’il sortait enfin de ce schéma éculé. Enfin une vraie histoire avec des décors changeant, un début, un milieu et une fin.

Avec le « Scriptorium » : patatras ! Auster conte la fin de vie de Mr Blank, qui se réveille dans une chambre blanche, sans souvenir précis de ce que fut sa vie. Il a l’impression d’être enfermé, mais n’a pas la force de se déplacer jusqu’à la porte pour le vérifier.

Il reçoit quelques visiteurs. Anna, une infirmière. Daniel Quinn, un avocat. Ou James P. Flood, qui le presse de lui raconter la suite d’un manuscrit qui trône sur le bureau de la chambre blanche.

Commence alors l’incontournable histoire dans l’histoire : celle d’un membre d’état major envoyé en mission chez des « primitifs » pour y arrêter un agent double qui dresse ces populations contre son pays.

Avez-vous remarqué ? Les visiteurs de Blank sont des personnages des précédents romans d’Auster. Anna sort des pages du Voyage d’Anna Blume. Daniel Quinn est un pensionnaire de la Cité de Verre, et Flood est sorti de la chambre dérobée.

Apparemment, Flood n’a pas trop apprécié ses précédentes aventures.

Je suis peut-être ridicule, fait Flood d’une voix que la colère enfle, mais vous, Mr Blank, vous êtes cruel… cruel et indifférent à la douleur d’autrui. Vous jouez avec la vie des gens et vous n’assumez pas la responsabilité de ce que vous avez fait. Je ne vais pas rester ici à vous accabler de mes ennuis, mais je vous en veux pour ce qui m’est arrivé. Je vous en veux très sincèrement et je vous méprise ».

C’est à travers ces revenants qu’apparaît le thème de ce roman compliqué, tourmenté et très intellectuel : Blank est un écrivain hanté par ses personnages. Parviendront-ils à reprendre le contrôle de leur destin ? Ne dévoilons pas la fin, qui parvient presque à sauver un roman ennuyeux.

Une belle petite petite citation du livre, pour terminer, sur le rapport entre l’écrivain et ses personnages.

Si on veut raconter une bonne histoire, on ne peut céder à la pitié. »

Dans le scriptorium



Dans le Scriptorium, Paul Auster, Actes Sud, 147 pages, 18,5 euros.